La campagne moisson-battage au ralenti
La sous-mécanisation décourage et augmente les pertes
Au ministère de l’Agriculture, on se félicite déjà de la campagne moisson?battage qui commence à peine et les politiques n’ont pas attendu que les silos débordent pour annoncer une très bonne récolte en céréales. Les médias ont enchaîné d’un optimisme qui tranche avec les sempiternelles condamnations de notre crise agricole et ses conséquences sur la facture alimentaire.
Ainsi, cette année, on pourrait se passer de nouveau d’importer du blé ou de l’orge en économisant une somme rondelette grâce au travail de nos fellahs et à la mise en place d’un énième dispositif d’accompagnement financier et technique au profit des producteurs. Citons, par exemple, le crédit RFIG qui accorde un prêt de campagne sur une durée de douze mois environ et sans aucun intérêt. De l’argent frais alloué par la délivrance de chèques de banque correspondant à une facture réelle sur les semences, intrants, traitement phytosanitaires…
Il n’y a donc pas de possibilité trop corruptrice de dépenser ce capital dans une autre activité que le noble travail de la terre. On signalera quelques aspects encore bureaucratiques dans la constitution du dossier comme ce procès?verbal de constat qui doit certifier que la parcelle de terrain est bien emblavée. Des labours que le banquier lui?même doit constater en se rendant dans les champs avec tout ce que la démarche peut comporter comme bizarreries. Alors que d’autres documents sont établis par le concours des services agricoles de la circonscription du candidat au crédit…
Néanmoins, reconnaissons?le, la formule RFIG est d’un grand apport pour les agriculteurs qui n’ont pas toujours les moyens d’investir dans les frais de campagne en automne, après un été de fêtes et de cadeaux, un mois de Ramadhan aux grosses dépenses. Notons, à l’attention de ceux qui sont échaudés par la dette des agriculteurs qui coûte si cher au trésor public, que ce crédit force la solvabilité car c’est l’organisme client des céréaliers, l’OAIC ou CCLS, qui récupère l’argent en retenant automatiquement les sommes dues sur le montant correspondant au grain livré par le fellah. Une sorte de troc à l’ancienne, où l’agriculteur rembourse en blé dur, en farine, en orge ou pois chiche ce que l’État lui a prêté en engrais, désherbants, traitements et semences.
Mais en cette fin du mois de juin, tandis que les champs dorés confirment une forte production en perspective, les esprits avertis constatent quelques périls sur la récolte. À cause du manque évident de moissonneuses?batteuses et des incendies qui menacent à chaque instant de réduire en fumée le labeur d’une année. On devrait obtenir des statistiques pour évaluer l’ampleur du préjudice d’une moisson qui tarde à venir. De visu, hormis les dégâts du feu, il y a aussi les caprices des sangliers que les paysans décrivent comme un vilain animal qui, une fois repu, se roule parmi les épis en les détruisant. On trouve en effet la marque de son passage pareille aux effets d’un petit bulldozer. Et pour rester dans le registre des travaux publics, les chantiers routiers qui profitent de la saison chaude avant les pluies, n’attendent pas la récolte. On voit, au quotidien, des terrassements qui massacrent des cultures. Indemnités ou non, il y a une offense morale à écraser du blé quand nous en avons tant importé et que près d’un milliard d’êtres humains crient famine.
Il y a donc un bémol à notre triomphe céréalier cette année à l’heureuse pluviométrie : le ministère devrait mesurer les pertes autant qu’il mesure les gains. Pour envisager un soutien pour la mécanisation rationnelle, en retournant aux coopératives d’antan avec une moissonneuse?batteuse pour un potentiel raisonnable d’hectares à traiter. Afin que les agriculteurs sèment le blé sans craindre de longues semaines d’attente, le ventre noué. Pour que le Ciel n’ait pas de raison de bouder nos champs fertiles.
27/06/2012 à 09:49 |
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