Le parquet général a requis un avis défavorable mercredi à la demande d'extradition de l'opposant algérien Mourad Dhina, détenu à Paris depuis le 16 janvier, lors de l'examen de cette demande devant la cour d'appel de Paris. Fondateur du mouvement Rachad (Droiture) basé en Europe et ex-cadre du Front islamique du salut (FIS, dissous), M. Dhina, physicien exilé en Suisse, avait été arrêté à l'aéroport parisien d'Orly en exécution d'un mandat d'arrêt international émis par l'Algérie.
« Compte tenu des incohérences, des approximations et de l'absence de concordance entre la demande d'extradition et l'arrêt [algérien soutenant la demande, ndlr], j'émets un avis défavorable », a dit l'avocat général, Jean?Charles Lecompte.
La demande algérienne s'appuie sur une condamnation par contumace de juin 2005 de M. Dhina pour enrôlement dans un groupe terroriste armé actif à l'étranger. La cour d'appel de Paris avait repoussé à plusieurs reprises l'examen de cette demande d'extradition pour obtenir de l'Algérie un complément d'informations sur les faits reprochés. Les autorités algériennes ont transmis l'arrêt de mise en accusation renvoyant M. Dhina devant le tribunal pour sa condamnation en 2005, mais également une autre condamnation de 1997 par contumace de M. Dhina par un tribunal criminel pour de présumées activités terroristes.
L'avocat général a relevé des discordances sur la date des faits reprochés, mais aussi des imprécisions sur les faits eux-mêmes, à savoir l'accusation d'avoir commandité ou financé l'achat d'un avion pour le compte d'un groupe terroriste. « On a du mal à comprendre le cheminement de l'avion » et « aucun élément sérieux ne permet de mettre en cause la personne incriminée dans son financement », selon l'avocat général. Il a aussi évoqué « la situation assez ubuesque » concernant l'arrêt relatif à la condamnation de 1997, les autorités algériennes n'ayant pas dit précisément si leur demande d'extradition concernait également cette condamnation.
L'avocat de M. Dhina, Me Antoine Comte, a soutenu de son côté que « cette demande d'extradition ne satisfait pas les exigences de précision des faits, des lieux et des éléments incriminants ». Il a aussi relevé qu'en cas de renvoi en Algérie, Mourad Dhina risquait de ne pas avoir droit à un procès équitable. La cour émettra son avis sur cette demande d'extradition le 4 juillet. La décision finale reviendra au gouvernement français.
20/06/2012 à 17:23 |
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